EST-IL POSSIBLE DE FAIRE PLAISIR À TOUT LE MONDE ?

01/06/2018

Les questions suivantes me sont souvent posées par des personnes de différents sexes, âges et cultures.

  • « Comment puis-je me faire plaisir quand je sais que cela déplaît à mon mari ? »
  • « Comment écouter mon besoin alors que les besoins de mes proches me semblent plus urgents ? »
  • «  Pourquoi ai-je de la difficulté à être bien quand l'autre est malheureux ? »
  • « Pourquoi ai-je si peur de passer pour égoïste ou sans-coeur ? »

Avant de répondre à ces questions très communes, voici une petite histoire très symbolique :
Un jour, il y a longtemps, un père et son fils de 12 ans eurent un long trajet à parcourir et ne possédaient qu'un âne. Le père décida de laisser son fils s'asseoir sur l'âne pendant qu'il marchait à côté. Ils rencontrèrent un étranger qui dit au fils : « Comment peux-tu être aussi égoïste et laisser ton père marcher à côté de toi? Tu es jeune et plein de vigueur, tu devrais être celui qui marche. » Le père et le fils décidèrent de changer de place et maintenant, le fils marchait à côté de l'âne. Un peu plus loin, ils rencontrèrent une autre personne qui dit au père : « Comment pouvez-vous être aussi sans-coeur et laisser votre jeune fils marcher de la sorte! Après tout, vous êtes le père et un adulte; vous devriez marcher à côté de l'âne. »
Ils se regardèrent tous les deux et décidèrent de s'asseoir tous les deux sur l'âne. Après un certain temps, ils rencontrèrent un autre individu qui leur dit : « Comment pouvez-vous être aussi ingrats tous les deux et faire autant travailler ce pauvre âne qui me semble bien fatigué! N'avez-vous pas honte d'être assis ainsi tous les deux et de laisser ce pauvre âne faire tout le travail? » Le père et le fils, ne sachant plus trop quoi faire et se sentant coupables d'avoir fatigué leur âne, décidèrent de marcher tous les deux à côté de l'âne pour que ce dernier puisse se reposer. Un peu plus loin, ils rencontrèrent une autre personne qui leur dit : « Quelle sorte d'idiots êtes-vous? Vous avez un âne et vous ne l'utilisez même pas! »
La morale de cette petite histoire :
IL EST IMPOSSIBLE DE FAIRE PLAISIR À TOUT LE MONDE.
Si chacun d'entre nous peut se souvenir de cela, quelle vie agréable nous aurions! Comme il sera plus facile d'être heureux! Hélas, le contraire se produit. Notre éducation familiale et religieuse nous a appris que nous devons nous oublier pour les autres sinon, nous ne sommes que des égoïstes et des sans-coeur. Par conséquent, nous avons appris à ignorer nos vrais besoins. Les seules occasions où nous nous accordons le droit de les écouter sont lorsque ceux-ci répondent aux besoins des autres et correspondent à leurs croyances.
Nous avons également intégré la notion que, lorsque nous faisons plaisir à ceux que nous aimons, ils nous aiment davantage. Nous n'avons jamais appris la différence entre FAIRE PLAISIR À QUELQU'UN et AIMER QUELQU'UN. Ce sont deux concepts tout à fait différents. Nous pouvons faire plaisir à quelqu'un sans l'aimer véritablement et nous pouvons aimer quelqu'un sans lui faire plaisir.
Prenons l'exemple d'un couple où madame veut aller au cinéma toutes les semaines tandis que monsieur préfère regarder la télévision dans son fauteuil préféré à la maison. Madame croit que lorsque monsieur accepte d'aller au cinéma, il lui confirme qu'il l'aime et monsieur, de son côté, croit que lorsque madame regarde un film à la télévision avec lui, elle lui prouve son amour. Un couple qui s'aime véritablement accepte d'avoir des préférences différentes et l'un comme l'autre accepte de se faire plaisir seul si l'autre n'en a pas envie au même moment. Pour que ce soit de l'amour véritable, quand l'un des deux décide de faire plaisir à l'autre en faisant ce dont il n'a pas vraiment envie, cette décision doit être prise par amour pour l'autre et non par peur de lui déplaire ou par peur d'une dispute.
Aimer véritablement signifie accepter la différence de l'autre sans vouloir le changer. C'est aussi accepter d'avoir des préférences ou des croyances différentes de l'autre et de ne pas ignorer nos besoins de façon à plaire à l'autre. Je répète : lorsqu'une personne CHOISIT de faire plaisir à qui que ce soit, ce choix doit être fait pour le plaisir de faire plaisir. Souvenons-nous de ce que stipule la loi du retour : si nous aimons que les autres choisissent de nous faire plaisir, il n'en tient qu'à nous d'agir de la même façon le plus souvent possible.
Comme la petite histoire du début le démontre, nous devons toutefois nous rappeler qu'il est impossible de faire plaisir à tout le monde en même temps. Le plus difficile à accepter s'avère les choix que font les autres, surtout nos proches, avec lesquels nous ne sommes pas d'accord. Parce qu'ils savent ce qui nous ferait plaisir et qu'ils disent nous aimer, nous croyons qu'ils devraient toujours agir en fonction de ce que nous aimons. CETTE CROYANCE ENGENDRE UNE ATTENTE COMPLÈTEMENT UTOPIQUE.

  • Un enfant peut choisir de vivre l'expérience de prendre de la drogue et ceci ne signifie pas qu'il n'aime pas ses parents; il a tout simplement quelque chose à apprendre à travers cette expérience.
  • Une personne peut être très impatiente avec un collègue de travail et elle n'est pas en train de dire qu'elle ne l'aime pas : elle ne sait tout simplement pas comment exprimer ce qu'elle vit.
  • Un homme peut vouloir sortir avec les copains un soir par semaine et cela n'a rien à voir avec l'amour qu'il a pour sa partenaire.
  • Une femme peut décider qu'elle a besoin d'être seule pendant quelques jours. Cela ne veut pas dire qu'elle n'aime plus son partenaire et ses enfants : elle répond à son besoin, c'est tout.
  • Un couple peut vouloir partir seul en vacances sans les enfants sans que ce geste signifie qu'ils n'aiment pas leurs enfants.

Plus une personne se sent responsable du bonheur des autres et plus elle éprouvera des difficultés à écouter ses besoins, surtout si elle croit que ses proches ne seront pas d'accord. L'attitude à développer est alors la suivante :

  1. Avant de prendre une décision, vérifie si c'est bien ce que tu veux en imaginant que cela ne dérange personne autour de toi.
  2. Quand tu crois que cela pourrait déranger quelqu'un, vérifie auprès de cette personne si c'est bien la réalité. Très souvent, nous supposons qu'il en est ainsi sans une vérification préalable.
  3. Si l'autre dit que cela le dérange, vérifie à l'intérieur de toi si tu lui enlèves véritablement quelque chose qui lui appartient du fait d'écouter ton besoin. Dans l'exemple du couple cité ci-dessus, si monsieur disait à madame que cela le dérangeait qu'elle aille au cinéma seule ou avec une amie, est-ce qu'elle lui enlèverait véritablement quelque chose en le faisant? Non, elle ne fait que ne pas lui donner ce qu'il veut. Sa partenaire ne lui appartient pas.
  4. Rappelle-toi qu'être égoïste consiste à enlever quelque chose à quelqu'un qui ne t'appartient pas, et ce, pour ton strict plaisir. L'égoïsme ne correspond pas à NE PAS DONNER À L'AUTRE ce qui lui ferait plaisir.
  5. Apprends à exprimer ce que tu veux pour toi, incluant ce que tu ressens, et énonce à quel point ce que tu veux pour toi contribuera à te rendre heureux.

Autres points à considérer :

  • Développe ta capacité d'acceptation du fait que l'autre peut se faire plaisir même si cela ne te convient pas. Il en a le droit. Surtout, souviens-toi qu'il n'est pas en train de te dire qu'il ne t'aime pas.
  • Sois plus attentif aux besoins de l'autre et demande-lui ce qui lui ferait le plus plaisir. Ensuite, quand tu choisiras d'écouter son besoin, fais-le pour le plaisir de lui faire plaisir et non par peur de ne pas être aimé ou par peur de passer pour un égoïste si tu ne le faisais pas. Par contre, si tu ne veux pas ou ne peux pas le faire, donne-t'en le droit. Explique-leur alors qu'acquiescer à leur demande t'amènerait à dépasser tes limites pour le moment.
  • Fais confiance à la loi du retour qui est immuable. Tu n'as pas besoin d'avoir des attentes face aux personnes à qui tu as fait plaisir. La loi du retour s'en occupe; en effet, nous récoltons TOUJOURS ce que nous avons semé selon la motivation que nous avions au moment de la semence.

Avec amour,

Lise Bourbeau